Chapitre XXI
Pour la première fois depuis qu'elle travaillait à Mount Sinaï, Suzanna prit le courage de monter quelques étages pour aller au service des comateux. Et dire qu'elle avait été transférée ici elle aussi, il y a plusieurs mois.
Le service était très calme. D'un calme angoissant. Des mauvais souvenirs surgirent ; notamment une scène de son rêve, où elle se réveillait dans un monde intermédiaire, calme à en mourir.
« N'y pense plus » se dit-elle « C'est fini maintenant ».
Ca l'était réellement depuis plusieurs mois déjà ; et pourtant, elle en restera à jamais traumatisée. Toute scène lui rappelant sa période de sommeil profond lui soulèvera encore et encore son estomac. Il n'y avait rien à faire pour y échapper.
A cet étage, il y avait des dizaines de chambres, toutes identiques. Elle s'arrêta devant une, à peu prêt au milieu du couloir et entra. Elle préférait se trouver « physiquement » auprès des victimes que « spirituellement », les observant dans le couloir derrière la vitre.
La chambre était calme malgré les bips continus de l'électrocardiogramme et de l'électr½ncéphalogramme qui n'indiquaient aucune réaction, aucun stimuli : le tracé était plat. La respiration de la personne était lente, mais régulière. En réalité, seules la perfusion, la canule nasale et les machines la maintenaient en vie en permanence. Sans tout cela, c'était fini.
« Combien de temps va-t-elle rester dans cet état ? Et depuis combien de temps l'est-elle ? »
Suzanna espéra ensuite que sa vie ne soit pas entre les griffes de l'illusionniste...
Quelques minutes plus tard, elle sortit de la chambre. Cela lui avait été difficile de se confronter à la réalité, elle avait eu du mal à se dire qu'elle-même avait été réellement plongée dans cet état, dans un coma dépassé, comme on l'appelait. C'était presque l'état de légumes. Elle était vraiment muraculée.
Alors qu'elle voulut prendre l'ascenseur, un médecin sortit d'une chambre. Elle ne l'avait jamais vu jusqu'à maintenant. Grand, châtain. Elle ne percevait pas bien son visage. A son plus grand étonnement, il s'avança vers elle, avec un léger sourire et la salua :
- On se connaît ? demanda-t-elle interloquée.
- Vous non, mais moi oui. Je suis le médecin qui s'est occupé de vous lorsque vous étiez dans le coma. Un des spécialistes de ce service si on peut le dire, répondit-il d'une douce voix.
Il avait un regard vert, doux et juvénile. Son nez était plutôt court et pointu. Il semblait content de la revoir vu son sourire :
- Alors c'est vous que je dois remercier, déduit-elle.
- Oh, vous savez, je ne fais que mon travail. Vous savez ce que c'est, dit-il humblement.
Ils marchèrent tous les deux vers l'ascenseur, continuèrent de discuter, cherchèrent à chaque fois leur regards respectifs, et quand ils le trouvaient, s'en séparèrent aussitôt, ce qui pouvait être paradoxal :
- C'est étrange, mais c'est la première fois que je vous vois dans cet hôpital, dit-elle.
- C'est vrai, je ne traîne presque pas en bas, moi je m'occupe des comateux, c'est un job assez statique, répondit-il. Mais c'est normal, ça ne fait que dix mois que je suis ici, quatre mois pour vous, vu que vous en avez passé pratiquement six dans le coma.
Arrivés aux portes de l'ascenseur, elle regarda son nom à sa blouse Tanner :
- Encore merci, docteur Tanner, dit-elle.
- Vous pouvez m'appeler Stanley, dit-il.
- Suzanna.
- Oui, je sais. Quand je passais vous voir, je ne nous appelais jamais par votre nom de famille. C'était toujours Suzanna.
Il fit une courte pause et reprit :
- Si vous avez le temps, vous pouvez me voir, pour vous confier à propos de ce que vous avez enduré, de vos craintes. Il y a peut-être des questions auxquelles je pourrais vous répondre, on ne sait jamais. Ca vous tente ?
- C'est très aimable de votre part. C'est entendu, accepta-t-elle.
- Pas de quoi. Bon, je retourne à mon bureau.
Il repartit à l'opposée du couloir.
Alors qu'elle s'apprêtait à appuyer sur le bouton de l'ascenseur, elle entendit une porte se fermer derrière elle, et quelle ne fut pas sa surprise quand elle s'aperçut que c'était Jeffrey qui sortait d'une chambre. Elle se demanda alors ce qu'il faisait dans les parages.
« Et moi, alors ? » pensa-t-elle. En effet, il risquait de lui retourner la question. Toutefois, elle pouvait le lui demander indirectement, sauf que c'est lui qui l'interpella le premier :
- Tiens, vous revenez aux sources ? demanda-t-il ironiquement.
- Oui, je voulais me confronter à cette dure réalité. J'en reste bouleversée, répondit-elle.
- J'imagine, oui.
C'est là qu'elle en vint au fait :
- Vous ne devriez pas être en bas ?
- Non, du moins pas pour le moment, dit-il. Je dois faire une petite surveillance du service, depuis qu'un médecin fou empoisonnait petit à petit les comateux à St Luke. Vous ne vous en souvenez pas ? Ah non, c'est vrai, vous étiez dans le coma. Sachez que, faute de preuves, il a été relâché. Le salopard...pourtant on a retrouvé des traces de thallium dans le corps des gens. Vous savez ce que fait le thallium ?
- Oui, bien sûr. Il cause l'atrophie des muscles quand il est administré dans le corps humain. En trop grande quantité, il tue ses muscles ainsi que le cerveau, ce qui au final, tue la personne.
- Tout à fait ; et maintenant, on a aucune nouvelle de ce médecin. D'ailleurs, son nom m'est complètement passé au-dessus de la tête.
Suzanna n'avait pas du tout été informé à propos de ces empoisonnements consécutifs. Elle appuya sur le bouton de l'ascenseur et en guise d'au revoir, elle dit :
- Bon, eh bien je redescends.
- Très bien, mais faîtes attention aux patients que vous aurez entre les mains, dit-il comme une mise en garde.
En prenant l'ascenseur, elle ne put s'empêcher de penser qu'il était vraiment redondant dans ses propos.
Pour la première fois depuis qu'elle travaillait à Mount Sinaï, Suzanna prit le courage de monter quelques étages pour aller au service des comateux. Et dire qu'elle avait été transférée ici elle aussi, il y a plusieurs mois.
Le service était très calme. D'un calme angoissant. Des mauvais souvenirs surgirent ; notamment une scène de son rêve, où elle se réveillait dans un monde intermédiaire, calme à en mourir.
« N'y pense plus » se dit-elle « C'est fini maintenant ».
Ca l'était réellement depuis plusieurs mois déjà ; et pourtant, elle en restera à jamais traumatisée. Toute scène lui rappelant sa période de sommeil profond lui soulèvera encore et encore son estomac. Il n'y avait rien à faire pour y échapper.
A cet étage, il y avait des dizaines de chambres, toutes identiques. Elle s'arrêta devant une, à peu prêt au milieu du couloir et entra. Elle préférait se trouver « physiquement » auprès des victimes que « spirituellement », les observant dans le couloir derrière la vitre.
La chambre était calme malgré les bips continus de l'électrocardiogramme et de l'électr½ncéphalogramme qui n'indiquaient aucune réaction, aucun stimuli : le tracé était plat. La respiration de la personne était lente, mais régulière. En réalité, seules la perfusion, la canule nasale et les machines la maintenaient en vie en permanence. Sans tout cela, c'était fini.
« Combien de temps va-t-elle rester dans cet état ? Et depuis combien de temps l'est-elle ? »
Suzanna espéra ensuite que sa vie ne soit pas entre les griffes de l'illusionniste...
Quelques minutes plus tard, elle sortit de la chambre. Cela lui avait été difficile de se confronter à la réalité, elle avait eu du mal à se dire qu'elle-même avait été réellement plongée dans cet état, dans un coma dépassé, comme on l'appelait. C'était presque l'état de légumes. Elle était vraiment muraculée.
Alors qu'elle voulut prendre l'ascenseur, un médecin sortit d'une chambre. Elle ne l'avait jamais vu jusqu'à maintenant. Grand, châtain. Elle ne percevait pas bien son visage. A son plus grand étonnement, il s'avança vers elle, avec un léger sourire et la salua :
- On se connaît ? demanda-t-elle interloquée.
- Vous non, mais moi oui. Je suis le médecin qui s'est occupé de vous lorsque vous étiez dans le coma. Un des spécialistes de ce service si on peut le dire, répondit-il d'une douce voix.
Il avait un regard vert, doux et juvénile. Son nez était plutôt court et pointu. Il semblait content de la revoir vu son sourire :
- Alors c'est vous que je dois remercier, déduit-elle.
- Oh, vous savez, je ne fais que mon travail. Vous savez ce que c'est, dit-il humblement.
Ils marchèrent tous les deux vers l'ascenseur, continuèrent de discuter, cherchèrent à chaque fois leur regards respectifs, et quand ils le trouvaient, s'en séparèrent aussitôt, ce qui pouvait être paradoxal :
- C'est étrange, mais c'est la première fois que je vous vois dans cet hôpital, dit-elle.
- C'est vrai, je ne traîne presque pas en bas, moi je m'occupe des comateux, c'est un job assez statique, répondit-il. Mais c'est normal, ça ne fait que dix mois que je suis ici, quatre mois pour vous, vu que vous en avez passé pratiquement six dans le coma.
Arrivés aux portes de l'ascenseur, elle regarda son nom à sa blouse Tanner :
- Encore merci, docteur Tanner, dit-elle.
- Vous pouvez m'appeler Stanley, dit-il.
- Suzanna.
- Oui, je sais. Quand je passais vous voir, je ne nous appelais jamais par votre nom de famille. C'était toujours Suzanna.
Il fit une courte pause et reprit :
- Si vous avez le temps, vous pouvez me voir, pour vous confier à propos de ce que vous avez enduré, de vos craintes. Il y a peut-être des questions auxquelles je pourrais vous répondre, on ne sait jamais. Ca vous tente ?
- C'est très aimable de votre part. C'est entendu, accepta-t-elle.
- Pas de quoi. Bon, je retourne à mon bureau.
Il repartit à l'opposée du couloir.
Alors qu'elle s'apprêtait à appuyer sur le bouton de l'ascenseur, elle entendit une porte se fermer derrière elle, et quelle ne fut pas sa surprise quand elle s'aperçut que c'était Jeffrey qui sortait d'une chambre. Elle se demanda alors ce qu'il faisait dans les parages.
« Et moi, alors ? » pensa-t-elle. En effet, il risquait de lui retourner la question. Toutefois, elle pouvait le lui demander indirectement, sauf que c'est lui qui l'interpella le premier :
- Tiens, vous revenez aux sources ? demanda-t-il ironiquement.
- Oui, je voulais me confronter à cette dure réalité. J'en reste bouleversée, répondit-elle.
- J'imagine, oui.
C'est là qu'elle en vint au fait :
- Vous ne devriez pas être en bas ?
- Non, du moins pas pour le moment, dit-il. Je dois faire une petite surveillance du service, depuis qu'un médecin fou empoisonnait petit à petit les comateux à St Luke. Vous ne vous en souvenez pas ? Ah non, c'est vrai, vous étiez dans le coma. Sachez que, faute de preuves, il a été relâché. Le salopard...pourtant on a retrouvé des traces de thallium dans le corps des gens. Vous savez ce que fait le thallium ?
- Oui, bien sûr. Il cause l'atrophie des muscles quand il est administré dans le corps humain. En trop grande quantité, il tue ses muscles ainsi que le cerveau, ce qui au final, tue la personne.
- Tout à fait ; et maintenant, on a aucune nouvelle de ce médecin. D'ailleurs, son nom m'est complètement passé au-dessus de la tête.
Suzanna n'avait pas du tout été informé à propos de ces empoisonnements consécutifs. Elle appuya sur le bouton de l'ascenseur et en guise d'au revoir, elle dit :
- Bon, eh bien je redescends.
- Très bien, mais faîtes attention aux patients que vous aurez entre les mains, dit-il comme une mise en garde.
En prenant l'ascenseur, elle ne put s'empêcher de penser qu'il était vraiment redondant dans ses propos.